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[BKARTS] Les oeuvres perdues de la République



Les oeuvres perdues de la République

La vente à New York d'une bible du XIVe siècle conservée à la
Bibliothèque nationale de France vient relancer le scandale des vols
dans les collections publiques. Sur les 100 000 oeuvres inventoriées
par la commission Bady, chargée de recenser les oeuvres d'art
appartenant à l'Etat, 12 500 d'entre elles se sont volatilisées !

(The sale in New York of a XIVe century bible preserved at the
national Library of France revives the scandal of thefts from public
collections.  On the 100 000 works inventoried by the Bady
commission, charged with counting the works of art pertaining to the
State, 12 500 have been disappeared)

Par Léopold Sanchez
[13 août 2004]


En faisant part, dans un courrier adressé au président de la
Bibliothèque nationale, de sa vive inquiétude à la suite de la
découverte de vols commis dans le département des manuscrits, le
ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, semble vouloir
aborder le problème de face. Une réflexion est prévue à la rentrée
sur la mobilité des conservateurs chargés des fonds ainsi que sur la
circulation des biens culturels, associant les professionnels du
marché, les responsables scientifiques et les services de police et
de justice.


L'affaire a démarré en 2000, lorsque des disparitions répétées de
manuscrits anciens dans les réserves de la Rue de Richelieu
alertèrent la direction de l'établissement public. Depuis, les
enquêteurs surveillaient discrètement ses 400 employés. La vente en
2003 chez Christie's, à New York, d'une bible du XIVe siècle a fini
par les mettre sur la piste du conservateur en chef au département
des manuscrits hébraïques. Michel Garel, fils de résistant, vice-
président du conseil d'administration de l'OSE (OEuvre de secours aux
enfants), a avoué être l'auteur de ce vol qui lui aurait rapporté la
coquette somme de 300 000 euros. Mais aussi, ce qui est pire encore,
de la mutilation irréversible de nombreux manuscrits des XIIIe, XIVe
et XVe siècles, détériorés afin de vendre leurs enluminures.


Ce nouveau scandale souligne l'importance du «récolement», cette
vaste opération de recensement des oeuvres d'art de la France,
demandée en 1995 à la Cour des comptes par Alain Juppé. «C'est le
premier récolement d'une telle ampleur, déclare Jean-Pierre Bady,
président de la commission chargée de le mener, et il consiste à
confronter les catalogues de collection à la présence matérielle des
oeuvres. Le mandat devait s'étendre sur deux ans, mais, vu l'ampleur
du sujet et les complications que nous avons rencontrées sur le
terrain, on ne prévoit pas son achèvement avant 2007.»

Préfectures, musées, palais de justice ou mairies ; mais aussi
ambassades, universités et grandes écoles... toutes les institutions
de la République abritent des oeuvres provenant des réserves des cinq
grands conservateurs d'art en France : l'Etat, le Mobilier national,
le Fonds national d'art contemporain (le Fnac), le Musée national
d'art moderne du Centre Pompidou, enfin l'Union centrale des arts
décoratifs (l'Ucad).


Munis de la liste de l'inventaire général qui leur sert de référence,
un conservateur accompagné d'un inspecteur du Mobilier national
viennent sur place constater la présence ou l'absence d'une oeuvre.

«Si l'oeuvre est manquante, explique Jean-Pierre Bady, ils peuvent
prendre la décision d'activer des recherches. On découvre souvent
qu'elle a été mal rangée dans les réserves ou placée en un lieu
inadéquat.

Un tableau de maître disparu depuis vingt ans

C'est par ce moyen que 90 000 oeuvres sur les 100 000 recensées ont
été retrouvées. Pour les 10% manquants, ils peuvent s'expliquer par
les guerres ou un sinistre. Mais aussi par un abus de confiance. Le
rôle de la commission est alors d'initier le dépôt d'une plainte pour
vol. A condition, bien sûr, que l'oeuvre soit suffisamment
documentée. Déposée auprès de la gendarmerie locale, celle-ci sera
inscrite d'office à l'OCBC (Office central des biens culturels),
sorte d'Interpol de l'art, qui va lancer une vaste enquête sur le
territoire national et à l'étranger.


C'est ainsi qu'on a retrouvé récemment un tableau du Dominiquin qui
avait disparu des collections nationales depuis vingt ans. Il avait
été déposé au musée de Toul, où le récolement avait constaté son
absence des réserves. La mairie avait conclu à sa destruction lors de
l'incendie qui avait ravagé le musée en 1939. Pourtant, un expert
anglais affirmait l'avoir vu depuis cette époque. On a fini par
apprendre, grâce à une indiscrétion, que le tableau était détenu dans
une collection privée. Sur la pression de la commission, le musée de
Toul a porté plainte et une enquête a été ouverte. Cette dernière a
bien confirmé la présence de cette peinture chez un collectionneur
qui prétendait l'avoir achetée dans une brocante. Les policiers ont
d'ailleurs eu la surprise de découvrir, accrochée au mur, une autre
toile qui avait disparu, elle, du musée municipal. Compte tenu de
l'ancienneté des faits, aucune poursuite n'a été lancée.


Bien sûr, pour une affaire rondement menée, combien de recherches qui
n'aboutissent pas. Ainsi, sur les 160 oeuvres déposées par l'Etat à
Rodez, douze sont restées introuvables. De même à Lille, où des
cinquante pièces de grands céramistes Art nouveau prêtées en 1912 à
l'université, seulement deux ont été retrouvées. Un millier d'oeuvres
se sont «égarées» lors de déménagements entre les bureaux du
ministère de la Culture. Sur les 67 000 recensées par la Direction
des musées de France, plus de 5 000 restent inexplicablement
absentes. Le record est détenu par le Mobilier national, qui
comptabilise le nombre le plus important de disparitions : 2 300 sur
9 600 oeuvres inventoriées !

«Il n'y a pas eu vol ! Mais, tout simplement, un malentendu, déclare
Jean-Pierre Bady. Une peinture, un meuble ou un objet ne plaisent pas
au nouvel arrivant d'une institution, au moment d'un changement de
pouvoir. Il le cède alors à un collaborateur qui s'octroie des droits
sur la chose, en ignorant souvent que les oeuvres d'art de l'Etat
sont inaliénables et leur propriété imprescriptible.»


Autrement dit, un chef de cabinet ou un préfet se fiche complètement
du sort réservé au bureau Louis XV sur lequel il travaille à partir
du moment où il s'en va. C'est une petite négligence qu'il faudrait
peut-être songer à corriger, du fait qu'on ne peut pas continuer à
feindre l'ignorance devant des choses anciennes qui atteignent
souvent des prix records dans les ventes aux enchères.

Ainsi, ce magistrat d'Aix-en-Provence surpris en 1994 en train de
déménager nuitamment des meubles du palais de justice. Jugé en
correctionnelle, il s'était défendu en déclarant qu'il avait demandé
au premier président la permission d'acheter une vieille bibliothèque
vouée à la casse. Chargés de prendre ce meuble, sa femme et son fils
s'étaient trompés d'objets... L'affaire n'avait pas eu de suite.


Il faut dire que la tentation est grande pour les familiers de ces
institutions qui reçoivent souvent des dons qui ne font pas toujours
l'objet d'un inventaire. C'est le cas, depuis 1811, de la Fondation
Calvet qui gère le musée d'Avignon. La récente découverte, dans le
catalogue d'une vente organisée par Sotheby's à Amsterdam, d'un
tableau hollandais du XVIIe siècle qui aurait dû se trouver dans le
bâtiment des archives municipales, est malheureusement un cas parmi
beaucoup d'autres. Un gestionnaire de la fondation en question a même
tout tenté pour que l'Etat s'en mêle après la découverte d'une série
d'histoires assez cocasses, comme celle d'un fonctionnaire municipal
refusant de rendre un faune antique ou ce préfet du Vaucluse
rechignant à se séparer d'un tableau de maître accroché dans sa salle
à manger. On a retrouvé une collection d'objets provenant du musée
d'Avignon, et estimée 150 000 euros, dans une vente aux enchères de
Christie's à Monaco.

Jean-Pierre Bady nous a signalé un autre exemple, celui du mobilier
de Jean Royère qui a décoré un grand nombre de ministères et
d'ambassades dans les années 30. Pendant une période, ce mobilier
n'était plus apprécié, aussi l'avait-on relégué dans les caves. C'est
de là qu'il est parti, en douce, alimenter les magasins
d'antiquités...

Tout cela montre assez la nécessité d'effectuer régulièrement des
recensements, mais aussi d'améliorer le système de gestion de ce
patrimoine, tant chez les déposants qu'au niveau des dépositaires. La
commission préconise également la formation d'un personnel
spécialisé, en mesure de comprendre la valeur des oeuvres confiées
par l'Etat et de veiller scrupuleusement à leur maintien sur place.

http://www.lefigaro.fr/



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http://www.museum-security.org
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